L’histoire des huiles essentielles
et de l’aromathérapie
Les origines de l’aromathérapie remonteraient à plus
de 5000 ans.
Manifestement, les anciens Égyptiens
ont été les premiers à faire
un vaste usage des herbes aromatiques.
Ils les employaient à des fins
religieuses, cosmétiques aussi
bien que médicales. Les essences
et les résines aromatiques entraient également
dans le procédé d’embaumement.
On a longtemps cru que la plupart des
huiles essentielles produites en Égypte étaient
obtenues par une sorte de méthode
d’enfleurage. En fait, les Égyptiens
avaient appris la distillation des Mésopotamiens,
comme l’a démontré la
découverte à Tepe Gawra
de pots distillatoires datant d’approximativement
3 500 ans av. J.-C.
Chinois et Indiens ont utilisé en
même temps les herbes et plantes
aromatiques. En Inde, elles faisaient
partie intégrante de la médecine
ayurvédique.
Chez les Grecs, l’étude des
odeurs et de leurs effets sur l’humain était
surtout l’affaire de médecins
et de philosophes. Ceux-ci avaient assimilé la
sagesse médicinale des Égyptiens.
Hippocrate (c460 - 377 av. J.-C.) croyait
fondamentalement au traitement holistique
de ses patients et sa pratique comportait
des massages aromathérapeutiques.
En revanche, la vie dans la Rome antique était
centrée sur le bien-être
et les senteurs y contribuaient largement.
Les Romains considéraient l’hygiène
comme un excellent moyen d’entretenir
la santé et croyaient à l’aromathérapie
et au pouvoir des parfums. Ils utilisaient
les fragrances les plus précieuses
lors des bains ou pour fabriquer les
baumes, huiles et parfums dont ils ne
pouvaient se passer.
Les Romains ont importé diverses
substances aromatiques ainsi que des
bâtons d’encens. Les cales
de leurs navires regorgeaient de boutons
de rose d’une senteur exquise.
Ils s’adonnaient à une véritable
ivresse des sens, et au cours de ripailles
et d’orgies, ils se couchaient
littéralement sur des lits de
roses en se grisant des parfums de l’Orient.
La chute de l’Empire romain et les
grandes invasions qui suivirent ont été synonymes
d’une perte considérable
de connaissances anciennes au sujet des
propriétés curatives des
huiles. Malgré le fait que les
Arabes se trouvaient en position de puiser
leurs connaissances tant chez les Grecs
et les Romains que chez les Chinois et
les Indiens, c’est aussi à cette époque
que l’Islam s’est répandu.
Tout a été mis à feu
et à sang et rien n’était
plus autorisé qui n’était
prescrit par le Coran. De nombreux documents
précieux ont été détruits
et bon nombre de connaissances scientifiques
ont disparu avec eux.
Ironiquement, la méthode de distillation à la
vapeur d’eau a été inventée
par deux Arabes, un auteur et un médecin,
dont Avicenne (980-1037). Ces connaissances
sont parvenues en Europe en passant par
l’Espagne et les Croisades ont
favorisé leur transmission.
En Italie et en France, les parfums ont
connu un réel engouement. Le savoir
concernant les huiles et les eaux aux
vertus curatives et cosmétiques
n’a cessé dès lors
de se développer.
Au Moyen-âge, les moines, qui s’occupaient
des malades dans leurs monastères, ont
gardé vivante la sagesse médicinale.
Accusés de sorcellerie, les herboristes
de village, des gens illettrés
pratiquant la médecine populaire,
ont été persécutés.
Comme l’Église considérait
que prendre un bain était un péché,
on a fait grand usage des substances
aromatiques pour masquer les odeurs corporelles,
mais aussi parce qu’on reconnaissait à la
plupart de ces substances des propriétés
antibactériennes et pesticides.
À cette époque, l’Église
poursuivait les alchimistes impies qui
cherchaient l’élixir de
vie, la « Quinta Essentia » et
s’affairaient à des expériences
de distillation d’huiles.
Au XVIe siècle, le célèbre
médecin Paracelse a établi
pour la première fois le lien
entre l’effet des huiles essentielles
des plantes et certaines substances « subtiles ». À la
même époque, le médecin
strasbourgeois Brunschwig a écrit
un ouvrage de référence
sur la distillation.
À la fin du XVIIe siècle,
les chimistes français et allemands
ont approfondi l’étude des
constituants des huiles essentielles.
Ainsi sont apparus les premiers parfums
synthétiques de cannelle et de
vanille.
L’amélioration des processus
de fabrication a permis la production
industrielle du parfum et donné naissance à une
profession hautement considérée,
celle de parfumeur. Venise devint l’une
des plus grandes villes européennes
de transit des parfums en provenance
du monde entier.
Au XVIIIe siècle, se laver ou prendre
un bain a été considéré comme
extrêmement dangereux (la qualité de
l’eau laissant à désirer),
ce qui explique la popularité renouvelée
des parfums pour masquer des odeurs corporelles
pas toujours très agréables.
Les parfumeurs avaient fort à faire.
C’est ainsi que la ville de Grasse,
dans le sud de la France, a acquis sa
réputation de capitale du parfum,
réputation qu’elle conserve
encore aujourd’hui.
Étonnamment, le but de la distillation
dans les laboratoires de l’époque
n’était pas d’obtenir
des huiles essentielles mais des eaux
distillées aromatiques curatives.
Sont alors nées « l’eau
hongroise », un distillat
de romarin, l’eau des Carmélites
et l’eau de Cologne.
Au début du XXe siècle,
la notion « d’aromathérapie » prend
son essor grâce à René-Maurice
Gattefossé (1881-1950), chimiste
et parfumeur qui, en 1937, a été le
premier à s’intéresser
aux propriétés des huiles
essentielles. Cela n’a pas pour
autant fait de lui un adhérent
du mouvement de santé naturelle.
En 1910, Gattefossé se brûle
sérieusement la main alors qu’il
travaille dans son laboratoire. Il traite
la brûlure avec le premier composé à sa
portée, soit de l’huile
de lavande pure, non diluée, et
constate que, en plus d’apaiser
immédiatement la douleur, l’huile
essentielle aide sa blessure à guérir,
sans cicatrice ni signe d’infection.
Gattefossé découvre que
d’infimes quantités d’huiles
essentielles sont absorbées par
le corps, entrant alors en interaction
avec la chimie corporelle.
C’est ainsi que, pendant la Première
Guerre mondiale, il soigne les blessés
dans les hôpitaux militaires avec
des huiles essentielles qui guérissent
les brûlures, accélèrent
la cicatrisation, font baisser la fièvre
et soulagent les douleurs. Il constate également
que ces huiles exercent du même
coup un effet sur le moral des soldats,
et renforcent leur volonté de
vivre.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le
docteur Jean Valnet, s’appuyant
sur les expériences de Gattefossé,
a utilisé avec succès les
huiles essentielles pour traiter les
soldats blessés.
Un peu plus tard, les docteurs Renato
Gayola et Giovanni Gatti ont étudié le
mode de fonctionnement des huiles essentielles.
Ils se sont surtout attachés à découvrir
leur influence sur le psychisme et le
système nerveux ainsi qu’à analyser
l’effet bactéricide de nombreuses
huiles. Le professeur Paolo Rovesti de
l’Université de Milan a été le
premier à fonder une chaire d’aromathérapie.
Au cours des années 1950, Marguerite
Maury a eu l’idée de diluer
des huiles essentielles dans une huile
support végétale afin de
s’en servir pour des massages.
Elle pratiquait une technique tibétaine
ciblant les terminaisons nerveuses de
la colonne vertébrale.
Elle a aussi été la première
personne à établir des « prescriptions
individuelles » de combinaisons
d’huiles essentielles pour répondre
aux besoins de chaque patient.
À partir de la fin des années
1970 et du début des années
1980, l’aromathérapie et
l’utilisation des huiles essentielles
deviennent un volet important des soins
de santé alternatifs et holistiques.
Depuis, l’aromathérapie,
une méthode naturelle, globale
et douce s’est répandue
dans le monde entier. Aujourd’hui,
en France et en Italie, l’aromathérapie
peut être pratiquée par
les médecins, tandis qu’en
Angleterre et en Allemagne, ce sont des
praticiens de santé ou des thérapeutes
agréés qui la pratiquent.
En Angleterre, elle est même utilisée
pour les massages dans de nombreux hôpitaux
et centres de traitement depuis une vingtaine
d’années.
Dans les autres pays industrialisés,
l’intérêt pour l’aromathérapie
s’est considérablement développé au
cours des dernières années.
On dénombre actuellement pas moins
de 200 variétés d’huiles
essentielles aromathérapeutiques
en vente libre.
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