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Méthodes de fabrication des huiles essentielles

Différentes méthodes sont employées pour extraire et fabriquer les huiles essentielles, selon le type de matière végétale.

Le procédé d'extraction est l’un des facteurs-clés de la qualité d'une huile essentielle. Une extraction mal faite risque de dégrader l’huile essentielle et d’en altérer la signature chimique. La plus vieille méthode d’extraction est sans conteste l’infusion dans l’huile. De nos jours, on emploie le plus souvent la distillation, l’extraction mécanique (par pression) et l’extraction par solvant.

 

1. Procédés d’extraction par distillation

Trois cuves sont reliées entre elles par de minces tubes. La première cuve reçoit de l'eau et la seconde les plantes. L'eau est chauffée doucement et la vapeur passe dans la cuve contenant les plantes et se charge des principes actifs. Puis elle s'échappe par un long tuyau fin en forme de serpentin qui baigne dans un récipient d'eau froide. La vapeur ainsi refroidie se condense en gouttelettes et arrive dans la troisième cuve: l'essencier. Les huiles essentielles étant plus légères que l'eau, il suffit de les récupérer en surface. L'eau sera utilisée pour créer des eaux florales et des hydrolats.

La distillation nécessite de la chaleur. Or, la chaleur est incompatible avec les éléments végétaux très fragiles ou avec certaines huiles difficiles à extraire. Il faut par conséquent faire très attention à la température et à la durée de l’exposition à la chaleur afin de ne pas dégrader les huiles.

On retrouve quatre principales méthodes de distillation: la distillation à l’eau, la distillation à la vapeur, l’hydrodiffusion et la distillation à l’eau et à la vapeur.

Distillation à l’eau

Lors de la fabrication d’huiles essentielles par distillation à l’eau, la matière végétale est complètement immergée et l’alambic chauffé pour amener son contenu à ébullition. Cette méthode protège les huiles jusqu’à un certain point, dans la mesure où le fluide environnant agit comme barrière contre la surchauffe.

Lorsque la substance condensée refroidit, l’eau et l’huile essentielle se séparent. Cette eau résiduelle est parfois commercialisée sous l’appellation d’«eau florale» ou «hydrosol» ou «eau douce», comme l’eau de rose, l’eau de lavande, l’eau d’oranger, etc.

À pression réduite (sous vide), la distillation à l’eau s’effectue sous 100° C, ce qui aide à protéger tant la matière végétale que l’huile essentielle qu’elle contient. Cette technique permet d’extraire sans l'endommager l’huile de néroli, qui est sensible à la chaleur.

Les éléments végétaux qui contiennent une grande quantité d’esters réagissent mal à la distillation à l'eau chaude, car cette dernière fragmente les esters dans les alcools et les acides carboxyliques obtenus. Lorsque l’exposition prolongée à l’eau chaude est déconseillée, comme dans le cas de la lavande, il est préférable d’opter pour une autre méthode d’extraction.

Distillation à la vapeur

La distillation à la vapeur est la méthode la plus couramment utilisée pour la fabrication des huiles essentielles. Elle consiste à faire passer de la vapeur à travers la matière végétale placée dans l’alambic.

La vapeur permet le relâchement des molécules aromatiques de la matière végétale en forçant l’ouverture des cavités qui contiennent l’huile. Les molécules de ces huiles volatiles s’échappent alors de l’élément végétal en s'évaporant. Cette vapeur doit être juste assez chaude pour permettre le relâchement de l’huile essentielle, mais pas trop pour ne pas brûler l’élément végétal ou l’huile essentielle.

La vapeur, qui contient alors l’huile essentielle, est ensuite dirigée à travers un système de refroidissement où elle se liquéfie, ce qui sépare l’huile essentielle de l’eau. Pour que la vapeur soit produite, la pression doit dépasser celle de l’atmosphère. Dans ces conditions, le point d’ébullition se situe au-dessus de 100° C, ce qui permet d’extraire plus vite l’huile essentielle tout en empêchant sa dégradation.

1. Foyer  2. Chaudière  3. Vase à fleurs  4. Vidange de condensation 
5. Col de cygne  6. Réfrigérant avec serpentin  7. Sortie d'eau chaude  
8. Arrivé d'eau froide 
9. Essencier servant à la décantation de l'essence et de l'hydrolat

Hydrodiffusion

L’hydrodiffusion est une forme de distillation à la vapeur, mais contrairement aux autres systèmes de distillation, la vapeur est introduite par le haut pour passer à travers la matière végétale. La condensation du mélange de vapeur contenant l’huile se produit sous la grille retenant la matière végétale. Les avantages de cette méthode sont : moins de vapeur, temps de traitement plus court et meilleur rendement en huile.

Distillation par combinaison eau-vapeur

Dans un alambic doté d’une source de chaleur, on immerge la matière végétale dans l’eau. De la vapeur vive est ensuite introduite dans le mélange d’eau et de matière végétale.

 

2. Procédés d’extraction par pression

On appelle cette méthode d’extraction «pression à froid», car elle n’implique aucune chaleur.

La plupart des huiles essentielles de noix et de graines et d'agrumes sont extraites par pression à froid. En général, cette méthode produit des huiles de bonne qualité. Le procédé consiste à soumettre la matière à une grande pression mécanique.

De tous les procédés d’extraction par pression, la méthode la plus répandue est sans conteste l’extraction à l’éponge. Dans le passé, cela se faisait à la main. On retirait la pulpe, l’écorce et le cœur du fruit puis on trempait le tout dans l’eau tiède pour rendre l’écorce plus souple.

En absorbant l’eau, le fruit devient plus élastique. On retourne le fruit, ce qui brise les cellules d’huile. On presse ensuite l’écorce sur une éponge pour exprimer l’huile volatile. Celle-ci est ensuite recueillie dans un récipient avant d’être décantée.

 

3. Procédés d’extraction par solvant

Les solvants tels que l’éther de pétrole, le méthanol, l’éthanol ou l’hexane sont utilisés pour extraire l’huile essentielle d’éléments végétaux fragiles qui ne supportent pas la chaleur de la distillation à la vapeur (jasmin, jacinthe, narcisse, tubéreuse).

Une huile essentielle extraite par solvant est très concentrée et très proche de la fragrance naturelle de la matière végétale employée.

Même si l’extraction par solvant est extrêmement courante, certaines personnes ne croient pas que ce procédé convient aux huiles essentielles destinées à l’aromathérapie, car on peut retrouver des traces de solvant dans le produit final.

Après le traitement de la matière végétale avec le solvant, on obtient un composé aromatique cireux appelé «concrète».

Les techniques d’extraction par solvant sont la macération, l’enfleurage et l’extraction au dioxyde de carbone (CO2) hypercritique.

La macération

La macération est une méthode qui consiste à tremper les fleurs dans de l’huile chaude afin de provoquer la rupture de leurs membranes cellulaires. Une fois l’essence absorbée par l’huile chaude, celle-ci est clarifiée et décantée. Cette technique est très proche de l’extraction avec les solvants énumérés plus tôt, à la différence que la macération nécessite de l’huile chaude.

L’enfleurage

Cette technique nécessite une plaque de verre insérée dans un châssis. On recouvre cette plaque d’un gras végétal ou animal inodore et purifié. Ensuite, on étend sur toute la surface de ce lit oléagineux des pétales de fleurs fraîchement cueillies qu’on pressera dans la graisse. Les pétales demeureront quelques jours dans la matière huileuse afin de permettre à l’huile essentielle de s’y disperser. Une fois dépouillés de leur essence, les pétales sont remplacés.

On répète le processus jusqu’à ce que le mélange graisseux soit saturé d’essence de fleur, puis on retire les derniers pétales de fleurs. On rince la pommade d’enfleurage (composée du gras et de l’huile parfumée) avec de l’alcool de manière à séparer l’extrait du gras résiduel. Ce gras résiduel pourra servir à fabriquer du savon.

Dès que l’alcool s’est évaporé du mélange, il ne reste que l’huile essentielle. Cette méthode, qui est à l’origine de la fabrication des grands parfums classiques de ce monde, est exigeante en main-d'œuvre et très coûteuse. De nos jours, on utilise encore ce procédé pour extraire l’huile essentielle de tubéreuse et de jasmin.

L’extraction au dioxyde de carbone (CO2) hypercritique

L’usage du dioxyde de carbone hypercritique pour extraire l’huile essentielle de certaines matières végétales est récent. Quoique coûteux, ce procédé donne des huiles de bonne qualité.

À 33º C, le dioxyde de carbone atteint son point critique, c’est-à-dire la limite entre l’état gazeux et l’état liquide. À cette température, il possède certaines propriétés des deux états, ce qui en fait un excellent solvant pour l’extraction d’huiles essentielles nécessitant une basse température. En outre, le processus est quasi instantané. Autre particularité, le dioxyde de carbone est inerte: aucune interaction chimique ne se produit avec l’essence extraite. Une simple dépressurisation sépare automatiquement l’huile essentielle du dioxyde de carbone.

Ce procédé s’effectue dans une cuve étanche en acier inoxydable robuste où l’on crée suffisamment de pression pour permettre au dioxyde de carbone d'atteindre 200 fois la pression atmosphérique moyenne au niveau de la mer. Le coût de l’équipement nécessaire à l’extraction au dioxyde de carbone représente un investissement considérable.